AU SOMMAIRE · 4 PARTIES
Mars 1973, Daytona International Speedway. Yvon Duhamel, casque intégral, blouson vert Kawasaki, lance sa machine à pleine puissance sur l'anneau : objectif, battre 24 records du monde en une semaine. La moto qu'il chevauche va révolutionner l'industrie pour les 50 années à venir. Elle s'appelle la Kawasaki Z1. Et en 1969, Kawasaki n'était même pas dans le top 3 des constructeurs japonais.
1967Une mission secrète nommée « New York Steak »
Après une analyse du marché américain, Kawasaki Heavy Industries identifie l'opportunité : les motards US veulent des grosses cylindrées 4 temps, pas des 2 temps hurlants comme la H1 500 Mach III qui a fait la réputation de la marque. Problème : Kawasaki n'a jamais construit plus de 650 cc. En 1967, l'ingénieur Gyoichi « Ben » Inamura reçoit une mission secrète : concevoir une 750 quatre cylindres capable de rivaliser avec les meilleures européennes. Nom de code N600, rebaptisé en interne « New York Steak » : le marché cible commande son steak comme sa moto, gros, épais, savoureux. Après 18 mois de travail, la maquette bois grandeur nature est validée. Feu vert pour la production.
OCTOBRE 1968Le choc : Honda dégaine la CB750 en premier
Un mois après le feu vert, au salon de Tokyo, Honda dévoile sa CB750 Four : 750 cc, 4 cylindres, exactement le concept sur lequel Inamura travaille depuis 18 mois. Choc absolu : sortir un 750 Kawasaki après la CB750 serait un suicide commercial, personne n'achèterait la copie d'une innovation Honda. Kawasaki fait alors le pari le plus risqué de son histoire : geler le projet. Trois ans. Un trou béant dans le catalogue pendant que Honda vend par centaines de milliers. Et un nouveau brief, impitoyable : « Ne fais plus 750. Fais 900. Et fais plus puissant que la Honda. »

Concevoir l'opposé absolu
L'équipe achète une CB750 neuve, la démonte entièrement, étudie chaque pièce. Puis conçoit l'inverse : 903 cc là où Honda fait 736, DOUBLE arbre à cames là où Honda n'en a qu'un, 82 chevaux contre 67. Mi-1970, les prototypes tournent en secret à Yatabe, pilote casqué « comme un cosmonaute » pour préserver l'anonymat : l'un d'eux, poussé à 95 chevaux, atteint 225 km/h. En mars 1971, le designer Norimasa « Ken » Tada reçoit un mois pour l'habiller : ce sera « The Three S », Slim, Sleek and Sexy, la grammaire esthétique de toutes les sportives japonaises à venir. Et un coup de génie marketing : l'inscription DOHC en grosses lettres sur le cache-culasse, contre l'avis de l'ingénieur en chef. Un signal de supériorité mécanique lisible même par un non-connaisseur face à la Honda SOHC.

La bâche tombe
Septembre 1972, salon de Cologne, toute la presse mondiale. Sur le stand Kawasaki, une bâche recouvre une forme. Quand elle tombe : peinture Candy Brown et Orange « Jaffa », silhouette fine, moteur massif frappé DOHC, 903 cc, 82 chevaux, 209 km/h annoncés. Un journaliste de Cycle World résume : « la Honda CB750 vient de vieillir de 10 ans en une seule journée ». Les commandes explosent, Kawasaki doit accélérer les cadences. Six mois plus tard à Daytona, Duhamel et la Z1 partent à la chasse aux records du monde : l'outsider est devenu la référence.


Images d'époque, archives de presse et récit intégral du projet New York Steak : le documentaire est sur la chaîne, le bouton est juste au-dessus. Et pour comprendre qui était le roi à renverser, commencez par l'histoire de la CB750.



