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GUIDE PRATIQUE · 30/09/2026

Moteur 4 temps : le fonctionnement expliqué, du piston au croisement de soupapes

À 6 000 tr/min, chaque piston de votre moto fait cent allers-retours par seconde et encaisse cinquante combustions. Voici ce qui se passe dans le cylindre, temps par temps, et le détail que le schéma de l'école oublie : les soupapes ne s'ouvrent jamais pile au point mort.

Moteur 4 cylindres en ligne d'une moto, quatre collecteurs d'échappement éclairés d'orange sur fond noir YOUTUBE Le guide complet, en vidéo8:04
AU SOMMAIRE · 8 PARTIES
  1. Admission, compression, combustion, échappement : le cycle 4 temps pas à pas
  2. Deux tours de vilebrequin par cycle, et un seul temps qui pousse
  3. Soupapes et arbre à cames : qui ouvre quoi, et à quel moment
  4. Épure de distribution : avance à l'ouverture, retard à la fermeture et croisement de soupapes
  5. Rapport course / alésage : ce que veut dire un moteur super carré
  6. Monocylindre, bicylindre ou 4 cylindres : ce que change le nombre de pistons
  7. Différence entre moteur 2 temps et 4 temps, et pourquoi le 4 temps a gagné
  8. Ce que ce savoir change à votre façon de rouler
LES 4 TEMPS

Admission, compression, combustion, échappement : le cycle 4 temps pas à pas

Un cylindre, un piston qui coulisse dedans, une bielle qui relie ce piston au vilebrequin, et deux portes dans le plafond : la soupape d'admission, par où entre le mélange air-essence, et la soupape d'échappement, par où sortent les gaz brûlés. Tout le moteur 4 temps tient dans ces pièces-là. Le piston fait l'aller-retour entre deux positions extrêmes, le point mort haut (PMH) et le point mort bas (PMB).

Entre les deux, la distance parcourue s'appelle la course. Le diamètre du cylindre, c'est l'alésage. Multipliez la surface du piston par la course, puis par le nombre de cylindres : vous obtenez la cylindrée écrite sur votre carte grise.

LE CYCLE À 4 TEMPS 1 · ADMISSION Soupape d'admission ouverte Le piston descend et aspire le mélange air-essence 0 → 180° · 1er demi-tour 2 · COMPRESSION Les deux soupapes fermées Le piston remonte et comprime le mélange 180 → 360° · 2e demi-tour 3 · COMBUSTION-DÉTENTE L'étincelle enflamme le mélange La pression chasse le piston LE SEUL TEMPS MOTEUR 360 → 540° · 3e demi-tour 4 · ÉCHAPPEMENT Soupape d'échappement ouverte Le piston remonte et chasse les gaz brûlés 540 → 720° · cycle bouclé Deux tours de vilebrequin = un cycle = 720°
Les quatre temps d'un cylindre. Chaque vignette dure un demi-tour de vilebrequin : il en faut deux pour boucler le cycle.

Le cycle, temps par temps

  1. 01
    Admission, de 0 à 180°

    Le piston part du PMH et descend. La soupape d'admission est ouverte : la dépression qu'il crée derrière lui aspire le mélange air-essence préparé par l'injection, ou par le carburateur sur les anciennes. Au PMB, le cylindre est plein.

  2. 02
    Compression, de 180 à 360°

    Les deux soupapes se ferment, le piston remonte et écrase le mélange dans la chambre de combustion, le petit volume qui reste au-dessus de lui au PMH. Le rapport entre le volume au PMB et ce volume final, c'est le taux de compression : 10,3 pour 1 sur le V-twin Harley-Davidson de 1 923 cm³, par exemple. Plus il est élevé, plus la combustion rend de travail, jusqu'à la limite du cliquetis.

  3. 03
    Combustion-détente, de 360 à 540°

    La bougie enflamme le mélange. La pression grimpe d'un coup et chasse le piston vers le bas : c'est le seul temps moteur, celui qui fournit tout le travail du cycle. On parle de détente parce que ce sont les gaz qui se détendent en poussant. Le mot explosion est trompeur : un moteur sain brûle son mélange par un front de flamme qui avance très vite, il ne détone pas.

  4. 04
    Échappement, de 540 à 720°

    Soupape d'échappement ouverte, le piston remonte et pousse les gaz brûlés vers le pot. Au PMH, tout recommence. Entre-temps, le vilebrequin a fait deux tours complets.

Ce cycle porte deux noms, et ils racontent une petite injustice. Le Français Alphonse Beau de Rochas l'a décrit le premier, dans un brevet de 1862. L'Allemand Nikolaus Otto a construit en 1876 le premier moteur qui tourne selon ce principe, et c'est son nom que retiennent les manuels étrangers. Son brevet a pourtant été invalidé en 1886, quand on a exhumé la description de Beau de Rochas. Cycle de Beau de Rochas en France, cycle d'Otto ailleurs : c'est le même.

DEUX TOURS

Deux tours de vilebrequin par cycle, et un seul temps qui pousse

Chaque temps prend un demi-tour, donc le cycle en prend deux. Ce détail change tous les calculs. À 6 000 tr/min, le vilebrequin fait 100 tours par seconde : le piston monte et descend 100 fois par seconde, l'accroche de la vidéo est juste. Mais le cycle complet, lui, ne se produit que 50 fois par seconde. Chaque cylindre reçoit donc 50 combustions par seconde, pas 100, et chaque cycle dure 20 millisecondes, soit 5 millisecondes par temps.

100 / sallers-retours du piston à 6 000 tr/minmais seulement 50 cycles complets
20 mspour un cycle complet à ce régime5 ms par temps
720°de vilebrequin pour un cycledeux tours, un seul temps moteur
36°de rotation par millisecondeà 6 000 tr/min : d'où l'avance à l'allumage

Cinq millisecondes pour remplir un cylindre. Toutes les ruses des motoristes décrites plus bas viennent de là : soupapes qui s'ouvrent avant l'heure, étincelle qui part en avance, course raccourcie sur les sportives. Le simulateur ci-dessous permet de le voir au ralenti, degré par degré.

L'OUTIL DU BANC

Simulateur : faites tourner le moteur

Faites avancer le vilebrequin de 0 à 720° et suivez le piston, les soupapes et l'épure. Passez ensuite en cycle réel : les soupapes n'attendent plus les points morts.

Reste une question que peu de gens se posent. Si un seul temps sur quatre pousse, qui fait remonter le piston pendant la compression ? L'élan. La combustion lance le vilebrequin et le volant d'inertie, une masse tournante qui stocke cette énergie et la rend pendant les trois temps suivants. Sur un monocylindre, c'est vital : sans cette masse, le moteur calerait dès la première compression venue.

Sur un multicylindre, les autres cylindres prennent le relais. Un 4 cylindres en ligne a toujours un piston en train de pousser, puisqu'il allume un cylindre tous les 180°. Voilà pourquoi il tourne rond au ralenti avec peu de masse d'inertie, quand un gros mono cogne à très bas régime. Un volant lourd lisse le moteur et évite de caler en démarrant ; un volant léger laisse le moteur prendre et perdre ses tours plus vite, ce que cherchent les motos de course.

Piston et bielle de moteur de moto debout sur un établi, vilebrequin flou en arrière-plan
Piston, bielle et vilebrequin : le trio qui transforme une poussée en ligne droite en rotation (illustration).
LA DISTRIBUTION

Soupapes et arbre à cames : qui ouvre quoi, et à quel moment

Aucune soupape ne s'ouvre toute seule. Un ressort la tient fermée, et un arbre à cames la pousse au bon moment : chaque came est un bossage en forme d'œuf qui appuie sur la soupape quand il passe. L'arbre à cames est entraîné par le vilebrequin, le plus souvent par une chaîne, parfois par des pignons ou une courroie. Il tourne deux fois moins vite que lui, pour une raison simple : chaque soupape s'ouvre une fois par cycle, donc une fois tous les deux tours de vilebrequin.

Sur la Honda CB750 de 1969, un seul arbre à cames en tête commandait deux soupapes par cylindre, dans un moteur refroidi par air. Une sportive actuelle a deux arbres à cames en tête, l'un pour l'admission, l'autre pour l'échappement, quatre soupapes par cylindre et un refroidissement liquide. Quatre petites soupapes offrent plus de passage aux gaz que deux grosses dans le même cylindre, et chacune est plus légère, donc plus facile à faire suivre la came quand le régime grimpe.

Culasse de moteur ouverte avec deux arbres à cames et leur chaîne de distribution sur un établi
Culasse ouverte : deux arbres à cames en tête et leur chaîne de distribution (illustration).

Ducati a poussé la logique plus loin avec la distribution desmodromique : une came ouvre la soupape, une autre la referme, sans compter sur un ressort. Plus de risque de voir la soupape « flotter », ce moment où le ressort ne suit plus la came et où la soupape reste entrouverte. C'est la limite qui guette tout moteur à ressorts poussé au-delà de son régime.

LE CYCLE RÉEL

Épure de distribution : avance à l'ouverture, retard à la fermeture et croisement de soupapes

Avec ses soupapes qui s'ouvrent et se ferment pile aux points morts, le cycle décrit plus haut reste théorique. Aucun moteur de moto ne tourne comme ça, pour deux raisons physiques. Une soupape ne s'ouvre pas instantanément : la came la soulève progressivement, et il lui faut du temps pour dégager un vrai passage. Et les gaz ont une masse. Une colonne d'air lancée dans le conduit d'admission ne s'arrête pas net quand le piston change de sens : elle continue d'entrer sur son élan.

Les motoristes trichent donc avec le calendrier, et ce calendrier porte un nom : l'épure de distribution. Quatre angles la définissent, mesurés en degrés de vilebrequin. L'avance à l'ouverture d'admission (AOA) ouvre l'admission avant le PMH. Le retard à la fermeture d'admission (RFA) la laisse ouverte après le PMB, alors que le piston remonte déjà. L'avance à l'ouverture d'échappement (AOE) ouvre l'échappement avant la fin de la détente. Le retard à la fermeture d'échappement (RFE) ne le ferme qu'après le PMH.

ÉPURE RÉELLE · TRIUMPH T120 (1969) PMH PMB AOA 34° RFE 34° AOE 55° RFA 55° CROISEMENT 68° ADMISSION ÉCHAPPEMENT 269° chacune
L'épure réelle d'une Triumph Bonneville T120 de 1969. En haut, les deux anneaux se chevauchent pour de bon : c'est le croisement. En bas, le chevauchement est trompeur, l'admission se ferme au premier tour et l'échappement s'ouvre au second.

Prenez un vrai chiffre. Sur la Triumph Bonneville T120, une des anglaises que la CB750 a balayées, la documentation technique donne une admission ouverte 34° avant le PMH et fermée 55° après le PMB, et un échappement ouvert 55° avant le PMB et fermé 34° après le PMH, valeurs relevées avec 0,5 mm de jeu aux culbuteurs. Faites l'addition : la soupape d'admission reste ouverte 269° de vilebrequin, au lieu des 180° du manuel. À 6 000 tr/min, cela fait environ 7,5 millisecondes au lieu de 5.

LE CROISEMENT DE SOUPAPES, EN CLAIR

Autour du PMH qui sépare l'échappement de l'admission, l'échappement n'est pas encore fermé que l'admission s'ouvre déjà : sur la T120, les deux soupapes restent ouvertes ensemble pendant 68° de vilebrequin (34 + 34). Ce n'est pas un défaut. Les gaz brûlés qui filent à grande vitesse dans l'échappement créent derrière eux une dépression qui aspire le mélange frais et chasse les derniers résidus du cylindre. Le revers : à bas régime, l'effet disparaît et une partie des gaz brûlés peut refluer vers l'admission. Plus le croisement est grand, plus le moteur est « pointu » : superbe en haut, grognon en bas.

Ce réglage donne son caractère à un moteur. Un arbre à cames de course, avec de grandes avances, de grands retards et beaucoup de croisement, remplit mieux le cylindre à haut régime et le remplit mal en bas. Un moteur de routière fait le choix inverse. Longtemps, il fallait choisir une fois pour toutes. Aujourd'hui, certaines motos font varier leur épure en roulant : Ducati avec son calage variable DVT, apparu sur la Multistrada 1200 de 2015 et qui agit sur les quatre arbres à cames, ou BMW avec le ShiftCam des R 1250 GS et RT de 2019, qui bascule entre deux profils de came à l'admission.

Même tricherie côté bougie. La combustion n'est pas instantanée : elle dure une à deux millisecondes. Or à 6 000 tr/min, le vilebrequin tourne de 36° par milliseconde. Si l'étincelle éclatait pile au PMH, la pression culminerait trop tard, avec un piston déjà reparti vers le bas. On allume donc avant le PMH, c'est l'avance à l'allumage, et on l'augmente quand le régime monte, puisque la flamme dispose de moins en moins de temps. Trop d'avance et le moteur cliquette ; pas assez, il manque de souffle et chauffe.

COURSE ET ALÉSAGE

Rapport course / alésage : ce que veut dire un moteur super carré

Deux cotes suffisent à décrire un cylindre : l'alésage, son diamètre, et la course du piston. Quand elles sont égales, le moteur est dit carré, comme le 4 cylindres de la Kawasaki Z1 avec ses 66 × 66 mm. Quand l'alésage dépasse la course, il est super carré. Quand la course l'emporte, c'est un longue course. La CB750 d'origine en était un, de justesse : 61 mm d'alésage pour 63 mm de course.

Pourquoi ça compte ? À cause de la vitesse du piston. À chaque tour, il parcourt deux fois la course. Plus elle est longue, plus il va vite à régime égal, et au-delà d'une certaine vitesse, les efforts d'inertie sur la bielle, les segments et les paliers deviennent ingérables. La presse britannique situe la limite de travail sûre autour de 24 m/s en vitesse moyenne. Pour tourner haut, il faut donc une course courte, et pour garder de la cylindrée avec une course courte, un gros alésage, qui laisse en prime la place à de grandes soupapes.

À LA MÊME ÉCHELLE (MM) largeur = alésage · hauteur = course Harley M8 117 103,5 × 114,3 LONGUE COURSE 5 020 tr/min KTM LC4 690 105 × 80 SUPER CARRÉ 8 000 tr/min Fireblade 2020 81 × 48,5 SUPER CARRÉ 14 500 tr/min
Trois cylindres dessinés à la même échelle, avec le régime de puissance maxi annoncé par chaque constructeur. Plus la course est courte, plus le moteur peut tourner vite.
Cinq moteurs, la même barrière
MoteurAlésage × coursePuissance maxi àVitesse du piston
Harley M8 117 (V-twin)103,5 × 114,3 mm5 020 tr/min19,1 m/s
Honda CB750 (1969)61 × 63 mm8 000 tr/min16,8 m/s
KTM LC4 690 (mono)105 × 80 mm8 000 tr/min21,3 m/s
Yamaha MT-07 (twin)80 × 68,6 mm9 000 tr/min20,6 m/s
Honda Fireblade 202081 × 48,5 mm14 500 tr/min23,4 m/s

Vitesse moyenne du piston = 2 × course × régime ÷ 60, calculée au régime de puissance maxi annoncé (690 Duke pour le LC4). Données Harley-Davidson, Honda, Yamaha et KTM.

Regardez la dernière colonne. Du V-twin Harley qui donne sa puissance maxi à 5 020 tr/min jusqu'à la Fireblade qui va la chercher à 14 500 tr/min, les pistons modernes vont tous à peu près à la même vitesse, entre 19 et 23,5 m/s. Le régime d'un moteur est d'abord une affaire de course. Honda l'assume : pour la Fireblade de 2020, la marque est allée chercher des cotes inspirées de sa MotoGP, 81 mm d'alésage pour 48,5 mm de course.

CORRECTION : LE MONO DE TRAIL N'EST PAS UN LONGUE COURSE

Dans sa description, la vidéo oppose le gros monocylindre de trail, sous-entendu à longue course, à la sportive 4 cylindres super carrée. L'idée générale est juste, l'exemple l'est moins. La donnée constructeur : le monocylindre LC4 de la KTM 690 mesure 105 mm d'alésage pour 80 mm de course, il est lui aussi super carré. Les vrais longue course se trouvent plutôt chez les gros V-twins américains, comme le Milwaukee-Eight 117 de Harley-Davidson (103,5 × 114,3 mm). Autre nuance : une longue course place le couple plus bas dans les tours, mais la quantité de couple dépend d'abord de la cylindrée.

Moto trail monocylindre garée sur une piste de montagne au coucher du soleil
Un gros mono de trail pousse fort dès les bas régimes grâce à sa cylindrée unitaire, pas grâce à une longue course (illustration).
L'ARCHITECTURE

Monocylindre, bicylindre ou 4 cylindres : ce que change le nombre de pistons

Un monocylindre reçoit une combustion tous les deux tours, et vit sur son élan entre deux. D'où ce « pan, pan » à bas régime, une poussée franche dès les premiers tours, et des vibrations qu'on combat à coups d'arbres d'équilibrage : la KTM 690 Enduro R en a deux depuis 2019. En échange, c'est le moteur le plus simple, le plus léger et le plus étroit, idéal entre les jambes sur un trail.

Avec deux cylindres, on coupe la poire en deux, et le caractère dépend du calage, l'écart angulaire entre ses deux combustions. Un twin parallèle calé à 360° allume ses cylindres à intervalles réguliers, comme les anglaises d'autrefois. Un V-twin à 90°, façon Ducati, ou un twin parallèle calé à 270° comme celui de la Yamaha MT-07, allume à 270° puis à 450° : ce rythme irrégulier donne une motricité et une sonorité que beaucoup de motards adorent. Quant au V à 45° de Harley-Davidson, avec ses deux bielles sur un seul maneton, il allume à 315° puis à 405°, d'où son fameux « potato-potato ».

QUI POUSSE, ET QUAND (720°) MONOCYLINDRE 25 % BICYLINDRE CALÉ À 360° 50 % V-TWIN 90° OU TWIN 270° 50 % V-TWIN 45° (HARLEY) 50 % TROIS CYLINDRES 75 % 4 CYLINDRES EN LIGNE 100 % 0°180°360°540°720° 1er tour 2e tour
Chaque barre représente les 720° d'un cycle, chaque bloc coloré le temps de détente d'un cylindre. Le pourcentage indique la part du cycle pendant laquelle au moins un piston pousse.
Mono, twin, trois ou quatre cylindres
ArchitectureUne combustion tous lesCaractèreExemples
Monocylindre720°Pousse tôt, vibre, léger et étroitKTM 690, la plupart des 125
Bicylindre360° ou 270° / 450°Couple, sonorité, le compromisYamaha MT-07, Ducati, Harley
Trois cylindres240°Couple d'un twin, allonge d'un 4Yamaha MT-09, Triumph Street Triple
4 cylindres en ligne180°Doux, monte haut, son aiguHonda CB750, Fireblade, Yamaha R1

Intervalles pour un 4 temps : 720° divisés par le nombre de cylindres quand l'allumage est régulier. Harley V 45° : 315° puis 405°.

Quatre cylindres en ligne, enfin : la mécanique qui a fait l'histoire de la moto japonaise. Une combustion tous les 180°, donc toujours un piston qui pousse, peu de vibrations, de petits pistons légers qui encaissent des régimes élevés, et ce hurlement aigu dans les tours. Popularisé par la CB750 en 1969, il est devenu la norme des sportives. Yamaha a même bousculé son rythme en 2009 avec le vilebrequin « crossplane » de la R1 : les combustions ne tombent plus tous les 180°, et le moteur délivre sa puissance comme un V4 à 90°.

Miniature de la vidéo « Honda CB750 : le jour où le Japon a humilié l'Angleterre (1969) » YOUTUBE Honda CB750 : le jour où le Japon a humilié l'Angleterre (1969)13:00
Le documentaire de la chaîne sur la moto qui a popularisé le 4 cylindres en ligne : un simple arbre à cames en tête, deux soupapes par cylindre, et une industrie anglaise balayée.

Cette course aux cylindres et aux tours a une suite : trente ans plus tard, les 4 cylindres japonais se battaient à coups de kilomètres-heure, jusqu'au duel entre la Suzuki Hayabusa et la Honda Blackbird.

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2 TEMPS OU 4 TEMPS

Différence entre moteur 2 temps et 4 temps, et pourquoi le 4 temps a gagné

Dans un 2 temps, tout se joue en un seul tour, et sans soupapes : des lumières percées dans la paroi du cylindre, que le piston découvre et recouvre en passant. Quand il descend, le piston subit la détente, puis découvre la lumière d'échappement et les transferts ; le mélange frais, précomprimé dans le carter, chasse alors les gaz brûlés. Quand il remonte, il comprime le mélange au-dessus de lui et aspire le suivant dans le carter, en dessous. Résultat : une combustion à chaque tour, deux fois plus qu'un 4 temps au même régime. À cylindrée égale, un 2 temps est plus léger, plus simple et plus puissant.

Tous ceux qui ont roulé derrière une 2 temps connaissent le prix à payer. Une partie du mélange frais file directement dans l'échappement pendant le balayage, et l'huile de graissage, mélangée à l'essence ou injectée, brûle avec lui. Consommation élevée, fumée bleue, émissions polluantes : les normes antipollution ont eu raison des 2 temps routiers. En course, le basculement date de 2002, quand la catégorie reine des Grands Prix est devenue le MotoGP, ouvert aux 4 temps de 990 cm³ ; une 2 temps y a pris son dernier départ en 2003. Le 2 temps survit en enduro et en cross, où KTM le fait vivre avec une injection électronique.

2 temps contre 4 temps
Critère2 temps4 temps
CombustionsUne par tourUne tous les deux tours
DistributionLumières dans le cylindreSoupapes et arbre à cames
GraissageHuile brûlée avec l'essenceCarter d'huile, pompe
Poids, simplicitéLéger, peu de piècesPlus lourd, plus complexe
Pollution, consoÉlevées (balayage)Nettement plus faibles
Où on le trouveEnduro, crossPresque toutes les motos de route

Le 4 temps et la moto, en huit dates

  1. 1862
    Beau de Rochas décrit le cycle

    Alphonse Beau de Rochas dépose un brevet qui pose les quatre temps. Cette antériorité fera invalider celui d'Otto en 1886.

  2. 1876
    Le moteur d'Otto tourne

    Nikolaus Otto construit le premier moteur à 4 temps qui fonctionne. Les manuels étrangers parlent depuis de cycle d'Otto.

  3. 1885
    La première moto à essence

    Daimler et Maybach construisent le Reitwagen : un monocylindre 4 temps de 264 cm³, un demi-cheval à 600 tr/min.

  4. 1905
    Le premier 4 cylindres en ligne de série

    Fabrique Nationale, à Liège, lance la FN Four. Elle sera produite jusqu'en 1923.

  5. 1969
    La CB750 impose le 4 cylindres

    Simple arbre à cames en tête, deux soupapes par cylindre, refroidissement par air : Honda popularise l'architecture qui dominera les sportives.

  6. 2002
    Le 4 temps prend les Grands Prix

    Fin de la catégorie 500 cm³ : le MotoGP ouvre la grille aux 4 temps de 990 cm³. Une 2 temps y prend son dernier départ en 2003.

  7. 2009
    La R1 passe au crossplane

    Première sportive de série à vilebrequin crossplane : son 4 cylindres délivre sa puissance comme un V4 à 90°.

  8. 2020
    La Fireblade vise 14 500 tr/min

    81 × 48,5 mm, des cotes inspirées de la MotoGP de Honda, pour 160 kW annoncés au régime de puissance maxi.

AU GUIDON

Ce que ce savoir change à votre façon de rouler

Comprendre le cycle n'a rien d'une coquetterie. Un monocylindre qui cogne quand vous reprenez trop bas vous dit qu'il manque d'élan entre deux combustions : tombez un rapport. Un 4 cylindres qui paraît creux en bas n'est pas forcément malade, il peut avoir une épure pensée pour les hauts régimes. Et un moteur froid n'aime pas qu'on le cravache : l'huile est encore épaisse et les pièces n'ont pas atteint leurs cotes de fonctionnement.

Côté entretien, la distribution a un poste qui revient au carnet : le contrôle du jeu aux soupapes. Soupapes et sièges s'usent, le jeu se referme, et une soupape qui ne se ferme plus complètement finit par brûler. L'intervalle varie énormément d'un modèle à l'autre, c'est le carnet d'entretien qui fait foi. Repousser ce genre d'échéance compte d'ailleurs parmi les erreurs de débutant les plus répandues, au même titre que monter trop vite en cylindrée.

Deux autres sujets du site croisent cette mécanique. Le bridage A2 agit le plus souvent sur le remplissage, par une butée à l'admission ou par la cartographie, et le passage du A2 au A consiste à rendre ce remplissage au moteur, dans les règles. Et l'échappement, là où finissent les gaz de votre quatrième temps, reste un des postes que surveille le contrôle technique moto, bruit et émissions compris.

L'OUTIL DU BANC

Testez-vous : le moteur 4 temps en 6 questions

Tout est dans la page et dans la vidéo. Cinq bonnes réponses pour passer.

LE CYCLE EN UNE PHRASE

Quatre temps, deux tours, un seul qui pousse. Le reste, avance, retard, croisement, course courte ou longue, nombre de cylindres, sert à une seule chose : remplir et vider le cylindre le mieux possible dans les quelques millisecondes que le régime lui laisse. C'est ce compromis, choisi par le motoriste, que vous sentez dans la poignée de gaz.

Même famille d'explications, même esprit : pourquoi une moto tient debout en roulant, et pourquoi le gyroscope n'y est pas pour grand-chose, puis le contre-braquage expliqué, le geste que vous faites déjà à chaque virage sans le savoir.

ON VOUS RÉPOND

Questions fréquentes

Quels sont les 4 temps d'un moteur ?

L'admission (soupape d'admission ouverte, le piston descend et aspire le mélange air-essence), la compression (soupapes fermées, le piston remonte et comprime), la combustion-détente (la bougie enflamme le mélange et la pression repousse le piston, seul temps qui fournit du travail) et l'échappement (soupape d'échappement ouverte, le piston remonte et chasse les gaz brûlés). Chaque temps dure un demi-tour de vilebrequin.

Pourquoi faut-il deux tours de vilebrequin pour un cycle 4 temps ?

Parce que le piston ne fait qu'un aller et un retour par tour, et que le cycle a besoin de quatre courses : descendre pour aspirer, monter pour comprimer, descendre sous la poussée des gaz, monter pour les chasser. Quatre courses font deux tours, soit 720°. C'est aussi pour ça que l'arbre à cames tourne deux fois moins vite que le vilebrequin.

Combien d'explosions par seconde dans un moteur à 6 000 tr/min ?

Cinquante par cylindre. À 6 000 tr/min, le vilebrequin fait 100 tours par seconde et le piston 100 allers-retours, mais il faut deux tours pour un cycle complet, donc 50 combustions par seconde et par cylindre. Un 4 cylindres en produit 200 au total, une toutes les 5 millisecondes. Le mot explosion est d'ailleurs impropre : dans un moteur sain, le mélange brûle très vite, sans détoner.

Qu'est-ce que le croisement de soupapes ?

C'est la courte période, autour du point mort haut entre l'échappement et l'admission, où les deux soupapes sont ouvertes en même temps. Elle est voulue : les gaz brûlés qui sortent à grande vitesse créent une dépression qui aide le mélange frais à entrer et chasse les résidus. Sur la Triumph T120 de 1969, elle dure 68° de vilebrequin. Un grand croisement favorise les hauts régimes et rend le bas régime moins régulier.

Pourquoi les soupapes s'ouvrent-elles avant le point mort ?

Parce qu'une soupape met du temps à s'ouvrir et que les gaz ont de l'inertie. En ouvrant l'admission avant le point mort haut et en la fermant après le point mort bas, on laisse au mélange le temps d'entrer, y compris sur son élan quand le piston remonte déjà. Même logique à l'échappement, ouvert avant la fin de la détente. Ces angles forment l'épure de distribution propre à chaque moteur.

Qu'est-ce qu'un moteur super carré ?

Un moteur dont l'alésage, le diamètre du cylindre, est plus grand que la course du piston. La course courte limite la vitesse du piston, ce qui permet de tourner plus haut, et le gros alésage laisse la place à de grandes soupapes. La Honda Fireblade de 2020 est très super carrée, avec 81 mm d'alésage pour 48,5 mm de course, et donne sa puissance maxi à 14 500 tr/min.

Quelle est la différence entre un moteur 2 temps et un moteur 4 temps ?

Le 2 temps produit une combustion à chaque tour de vilebrequin, le 4 temps une tous les deux tours. Le 2 temps n'a pas de soupapes mais des lumières dans le cylindre, et brûle son huile de graissage avec l'essence : il est léger et puissant, mais consomme et pollue davantage. Le 4 temps, plus complexe, équipe la quasi-totalité des motos de route actuelles.

Qui a inventé le moteur 4 temps ?

Le Français Alphonse Beau de Rochas a décrit le cycle à quatre temps dans un brevet de 1862. L'Allemand Nikolaus Otto a construit en 1876 le premier moteur fonctionnant selon ce principe, et son brevet a été invalidé en 1886 à cause de l'antériorité de Beau de Rochas. D'où les deux noms du même cycle : Beau de Rochas en France, Otto dans la plupart des autres pays.

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