Circulation inter-files : les règles exactes, et les 135 € qui vont avec
Légale partout depuis le 11 janvier 2025, mais encadrée au mètre près. Six conditions à réunir, deux vitesses à connaître, et une amende de 135 € plus 3 points dès qu'il en manque une.

Depuis le 11 janvier 2025, ce n'est plus une tolérance
Pendant des années, remonter entre les files a été un flou juridique intégral : toléré ici, verbalisé là, avec des règles qui changeaient d'un département à l'autre. C'est terminé. Le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 a généralisé la circulation inter-files, la CIF, à l'ensemble du territoire. Il est entré en vigueur le 11 janvier 2025 et a créé un article dédié dans le code de la route, l'article R412-11-3.
Autorisée ne veut pas dire libre, et c'est tout l'objet de cet article. Le décret ne se contente pas de dire oui : il fixe une liste de conditions cumulatives, extrêmement précises. Il suffit d'en oublier une seule pour basculer dans l'infraction, et la note est salée : 135 € et 3 points, avec en prime une suspension de permis pouvant aller jusqu'à trois ans dans les cas les plus lourds.
Le nouvel article ne crée pas seulement un droit : il vous dispense de trois règles qui rendaient l'inter-files illégale par nature. Vous n'avez plus à serrer le bord droit de la chaussée (R412-9), vous pouvez chevaucher les lignes hors dépassement (R412-23), et vous échappez à l'obligation de rester dans votre file quand le trafic est dense (R412-24). C'est cette triple dispense, et elle seule, qui rend la manœuvre licite. En dehors de son cadre, les trois règles vous rattrapent.
Les six conditions, toutes obligatoires en même temps
- 1. Une moto de moins d'un mètre de large
Le décret vise les véhicules à deux ou trois roues motorisés des catégories L3e et L5e, dans la limite d'un mètre de largeur. Motos et scooters classiques passent sans souci. Les tricycles larges, type Piaggio MP3, sont hors du dispositif.
- 2. Une autoroute ou une route à chaussées séparées
Uniquement sur autoroute, ou sur une route dont les chaussées sont séparées par un terre-plein central, avec au moins deux voies dans le même sens. La vitesse maximale autorisée de la route doit être d'au moins 70 km/h. Traduction : en agglomération à 50 km/h, la CIF est interdite, même sur un grand boulevard urbain.
- 3. Un trafic dense, en files ininterrompues
La CIF n'est autorisée que lorsque les véhicules forment des files continues et ininterrompues sur toutes les voies. Si le trafic est fluide et roule normalement, vous n'avez rien à faire entre les files : vous reprenez une voie de circulation.
- 4. Entre les deux voies les plus à gauche, et nulle part ailleurs
Le couloir autorisé est celui qui sépare les deux voies les plus à gauche de la chaussée. Pas entre les voies centrales, pas entre la voie de droite et la bande d'arrêt d'urgence. C'est la condition la plus mal connue, et l'une des plus contrôlées.
- 5. 50 km/h, jamais plus
Votre vitesse est plafonnée à 50 km/h en inter-files, quoi qu'il arrive. Même si la file d'à côté roule plus vite, même si la route est limitée à 130. Et si l'une des files est à l'arrêt complet, le plafond tombe à 30 km/h.
- 6. Une chaussée en état normal
Le décret exclut la manœuvre en présence de travaux, de neige ou de verglas. Le couloir se referme dès que la chaussée n'est plus dans un état normal.

Le décret a prévu une dérogation explicite pour le boulevard périphérique : la CIF y reste autorisée « nonobstant la fixation d'une vitesse maximale autorisée plus faible ». Autrement dit, l'abaissement de la vitesse du périphérique ne fait pas tomber le droit de circuler en inter-files. Votre propre plafond, lui, ne bouge pas : 50 km/h, et 30 si une file est à l'arrêt.

Ce que le décret vous impose une fois dans le couloir
Quatre obligations que presque personne ne cite
- Signaler l'entrée ET la sortie
Le clignotant devient obligatoire aux deux extrémités de la manœuvre. Entrer en inter-files sans prévenir est une faute en soi, indépendamment du reste.
- Conserver un espacement latéral suffisant
Le texte impose de laisser une marge avec les véhicules des deux files. C'est la traduction juridique du bon sens : un rétroviseur d'automobiliste se déplie sans prévenir.
- Ne jamais dépasser un autre véhicule en inter-files
Le couloir n'est pas conçu pour deux véhicules de front. Doubler un autre motard qui remonte les files est explicitement exclu par le décret.
- Reprendre sa place dès que ça roule
Dès que les véhicules qui vous entourent dépassent les 50 km/h, la CIF s'arrête. Vous devez réintégrer une voie de circulation, vous ne pouvez pas continuer indéfiniment dans le couloir.
135 €, 3 points, et la vidéo-verbalisation
Le non-respect de n'importe laquelle des conditions ci-dessus est une contravention de quatrième classe : 135 € d'amende forfaitaire et 3 points en moins. Dans les cas les plus lourds, le juge peut prononcer une suspension de permis pouvant aller jusqu'à trois ans. Et le titulaire de la carte grise est susceptible d'être tenu pour redevable, ce qui compte si la moto n'est pas à votre nom.

Le vrai changement pratique, c'est ailleurs : la vidéo-verbalisation est utilisable pour la CIF. Vous pouvez donc recevoir l'avis de contravention plusieurs jours après, sans avoir jamais été arrêté au bord de la route. Une caméra fixe ou une voiture banalisée suffit.
LES CHIFFRESCe que dit vraiment le bilan, au-delà de la vidéo
La généralisation ne sort pas de nulle part : elle s'appuie sur deux expérimentations successives, évaluées par le Cerema, l'organisme public d'évaluation. Première phase à partir de février 2016 dans onze départements, dont huit en Île-de-France, plus les Bouches-du-Rhône, la Gironde et le Rhône. Seconde phase à partir de 2021, étendue à vingt et un départements, avec cette fois un différentiel de vitesse de 30 km/h imposé.
La conclusion du Cerema est nette : « l'autorisation de la circulation inter-files sur un territoire n'a eu que peu ou pas d'impact sur l'accidentalité ». L'accidentalité des motards pratiquant l'inter-files est restée stable pendant la seconde expérimentation, avec un à six décès annuels concernés, dont 40 % en Île-de-France. Le pic constaté à Bordeaux lors de la première phase a disparu ensuite, et s'explique vraisemblablement par des travaux, pas par la mesure.
Le vrai problème n'est pas la règle, c'est le respect de la règle
- Un motard sur deux dépasse les 50 km/h
C'est le chiffre le plus parlant du rapport : la moitié des pratiquants roulent au-dessus du plafond quand les conditions de CIF sont réunies, la plupart entre 40 et 70 km/h. C'est très exactement là que se concentre le risque.
- Le différentiel, lui, est plutôt bien tenu
Neuf motards sur dix qui restent sous 50 km/h respectent l'écart de vitesse attendu avec les véhicules voisins. Chez ceux qui dépassent 50, cet écart est violé dans 40 % des cas : les deux fautes vont ensemble.
- La règle est acceptée, mais mal connue
Le Cerema relève une bonne acceptabilité de la mesure, y compris chez les automobilistes, mais une connaissance des règles qui reste faible en dehors des auto-écoles. Les enseignants les transmettent bien, sauf qu'ils ne touchent que les nouveaux permis : tous les autres n'ont jamais été informés.
La CIF est légale partout depuis le 11 janvier 2025, mais uniquement sur autoroute ou route à 70 km/h minimum, uniquement entre les deux voies les plus à gauche, uniquement quand le trafic est dense et ininterrompu, à 50 km/h maximum et 30 si une file est à l'arrêt, clignotant à l'entrée et à la sortie. En agglomération classique, c'est non. Le reste, c'est 135 € et 3 points, éventuellement par vidéo.
Un dernier point, qui n'a rien de juridique : remonter les files, c'est se rendre invisible pendant plusieurs secondes à hauteur de portière. Un intercom qui vous laisse entendre ce qui vous entoure et un binôme prévenu changent la donne. Le banc a passé toute la gamme au test, du Cardo Spirit à 85 € au Sena 5S, et le classement complet est ici.
Décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 et article R412-11-3 du code de la route (Légifrance), analyse du décret publiée par le Conseil d'État, communiqué du ministère de l'Intérieur du 11 janvier 2025, et rapport d'évaluation des expérimentations de circulation inter-files 2016-2024 du Cerema. Les chiffres cités viennent de ces textes, pas d'une estimation du banc.
Questions fréquentes
La circulation inter-files est-elle légale en France ?
Oui, sur tout le territoire depuis le 11 janvier 2025, date d'entrée en vigueur du décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025. Mais elle est encadrée par six conditions cumulatives : hors de ce cadre, elle reste une infraction à 135 € et 3 points.
À quelle vitesse peut-on rouler en inter-files ?
50 km/h maximum, quelle que soit la vitesse des files voisines et quelle que soit la limitation de la route. Et 30 km/h maximum si l'une des deux files est à l'arrêt complet. Dès que les véhicules autour de vous dépassent 50 km/h, vous devez reprendre une voie de circulation.
Peut-on rouler en inter-files en ville ?
Non. La CIF n'est autorisée que sur autoroute ou sur route à chaussées séparées par un terre-plein central, avec au moins deux voies par sens et une vitesse maximale autorisée d'au moins 70 km/h. En agglomération limitée à 50 km/h, y compris sur les grands boulevards, c'est interdit. Le boulevard périphérique parisien bénéficie d'une dérogation explicite.
Entre quelles voies a-t-on le droit de circuler ?
Uniquement entre les deux voies les plus à gauche de la chaussée, dans le même sens de circulation. Remonter entre les voies centrales, entre la voie de droite et la bande d'arrêt d'urgence, ou sur la bande d'arrêt d'urgence elle-même, n'est pas de la CIF : c'est une infraction.
Quelle est la sanction en cas de non-respect ?
Une contravention de quatrième classe : 135 € d'amende forfaitaire et retrait de 3 points, avec une suspension de permis pouvant aller jusqu'à trois ans dans les cas les plus graves. La vidéo-verbalisation est utilisable : l'avis peut arriver plusieurs jours après les faits.
Le clignotant est-il obligatoire en inter-files ?
Oui, à l'entrée et à la sortie du couloir. Le décret impose aussi de conserver un espacement latéral suffisant avec les véhicules des deux files, et interdit de dépasser un autre véhicule pendant la manœuvre.
L'inter-files a-t-elle augmenté les accidents ?
Non selon le Cerema, qui conclut que l'autorisation de la CIF sur un territoire « n'a eu que peu ou pas d'impact sur l'accidentalité ». Le rapport pointe en revanche le non-respect des règles : un motard sur deux dépasse le plafond de 50 km/h, et c'est là que se concentre le risque.
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